La Réforme
A l'origine mouvement de contestation à l'intérieur de [Image]
l'Eglise, la Réforme se transforma en protestation en dehors
de l'Eglise.
Un bouleversement fondamental dans l'histoire du christianisme
et de la pensée occidentale : l'irruption du protestantisme.
Les ferments de la naissance de la Réforme :
Les abus de l'Eglise, l'esprit critique diffusé par les humanistes et un
besoin collectif d'une vraie piété apparaissent comme les trois facteurs
essentiels expliquant l'émergence et le succès d'un mouvement réformateur.
Abus de l'Eglise.
L'institution romaine offre à ses croyants une désastreuse image de
déliquescence et de corruption.
Cupidité des moines davantage soucieux de préserver une existence oisive
et opulente plutôt que de se préoccuper des misères et du sort des âmes de
leurs ouailles. Cumul des bénéfices. Discrédit jetté sur une papauté qui ne
cesse d'afficher depuis des décennies un train de vie dispendieux, un luxe
tapageur et arrogant et de multiples querelles intestines pour le Pouvoir.
Moeurs scandaleuses des hauts dignitaires de cette cour romaine qualifiée
par Laurent le Magnifique de "rendez-vous de tous les vices".
C'est assurément cet éloignement de l'Eglise romaine dans sa forme, dans
ses structures, dans sa doctrine et dans sa vie de l'Eglise primitive qui
constitue la principale cause de l'irruption d'une volonté réformatrice.
Esprit critique.
L'humanisme contribue à signifier cette béance qui existe entre la foi
chrétienne telle qu'elle est présentée par les textes anciens et cette
pratique de la foi par les pontes et les doctes du clergé du XVIe siècle.
Par le mouvement de retour aux textes originaux et par la réflexion
critique qui se trouve engendrée, le libre-examen méthodique de la bible
s'organise. Moines savants et érudits humanistes (Erasme, Lefèvre d'Etaples)
traduisent, commentent et réactualisent les textes hébreux, décèlent des
contre-sens et accumulent des remarques critiques à l'encontre de la
Vulgate, cette traduction de la bible en latin effectuée par Jérôme
(331-420) et qui est un texte de référence pour le Saint-Siège. C'est ainsi
que les travaux des hébraïsants recentrent le christianisme sur la personne
même de Jésus-Christ au détriment du culte des saints, un aspect pourtant
capital de l'exercice de la foi au XVIe siècle.
C'est aux grandes figures de la Réforme qu'il appartiendra de se saisir
vigoureusement de ces nouvelles lectures de la bible et de les brandir comme
autant d'actes d'accusation et de dénonciation des turpitudes, des déviances
et des infidèlités de l'Eglise romaine.
Besoin de piété.
L'obsédante présence de la mort dans le quotidien, que cela soit dans
les faits (menace turque, peste, guerres,...) dans les images ou dans les
écrits (vogue des éditions "Art de bien mourir" destinées aux moribonds afin
qu'ils se convertissent et confessent leurs péchés) suscite chez un grand
nombre d'hommes une hantise de l'au-de-là. Les calamités durables et
nombreuses qui s'abattent sur le monde sont considérées comme ayant pour
unique responsable le péché humain. D'où cette quête désespérée d'une vraie
piété permettant d'échapper au jugement dernier et à la damnation éternelle.
Cette peur de la mort, cette obsession des consciences de trouver la
"bonne attitude" qui sauvera l'âme offrira aux réformistes de précieux
appuis populaires pour croître et s'affranchir de la tutelle du Saint-Siège.
Ainsi s'apprécie avec justesse l'analyse livrée par l'historien Jean
Delumeau sur la Réforme : "Ce fut d'abord une réponse religieuse à une
grande angoisse collective".
Naissance, développement et diffusion de la Réforme :
Naissance.
C'est un nouvel abus perpétré par l'Eglise romaine qui est à l'origine
de l'acte fondateur de la Réforme : le trafic des indulgences.
Les indulgences sont des remises de peine pour certains péchés que
l'Eglise prétend concéder à ceux qui versent leur obole aux bonnes oeuvres
et notamment, à partir de 1514 (décision du pape Léon X), pour la
reconstruction de Saint-Pierre de Rome. Cette flagrante exploitation de la
crédulité populaire et de sa pathétique quête de rémission des péchés
détermine la réaction du moine augustin Martin Luther. Le 31 octobre 1517,
il affiche ses 95 thèses sur la vertu des indulgences à la porte de l'église
de Wittenberg. Par ce geste, Luther dénonce le principe des indulgences
comme étant incompatible avec les doctrines bibliques et met indirectement
en cause l'infaillibilité supposée de cette papauté qui rançonne le peuple
au profit du fisc romain. Le texte est aussitôt perçu comme un véritable
manifeste libérateur et est rapidemment imprimé et diffusé dans toute
l'Europe.
Le mouvement religieux qui devait conduire à la scission protestante est
né.
Développement et diffusion.
Au fur et à mesure que le conflit avec l'église romaine s'aggrave,
Luther radicalise ses positions qu'il livre dans des textes fondamentaux qui
paraissent en 1520, année de son excommunication. Mis au ban de l'Empire
(édit de Worms, 1521), Luther est cependant suivi par toute l'Allemagne du
nord. En 1530, le texte rédigé par Melanchthon (1497-1560) sous la direction
de Luther est lu devant l'Empereur Charles Quint à la diète d'Augsbourg.
Cette "confession d'Augsbourg" deviendra le texte de réfèrence du
luthérianisme. Dès 1555, la scission sera officialisée avec la Paix
d'Augsbourg qui marquera l'acceptation de la division confessionnelle de
l'empire germanique.
La rapide propagation des idées de Luther dans toute l'Europe grâce à
l'imprimerie (300 000 exemplaires de ses premiers textes vendus entre 1517
et 1520) explique l'irruption de nombreux foyers réformateurs.
A Zurich, le prédicateur Zwingli (1484-1531) mène un mouvement de
Réformation dès 1521 et impose ses idées deux ans plus tard. A Strasbourg,
le théologien dominicain Martin Bucer (1491-1551) prêche le luthérianisme à
partir de 1523 et parvient à inciter sa ville à rompre avec le catholicisme
en 1534. A Genève, Jean Calvin (1509-1564) est appelé pour l'organisation
d'une nouvelle église protestante et fait rapidement de la ville une
véritable cité-refuge et capitale spirituelle du protestantisme (fondation
d'une académie de pasteurs 1559, production de livres protestants à
destination de toute l'Europe...). Dans la lignée doctrinale de Calvin et de
Luther, l'Angleterre (mouvement des anglicans) en 1563 et l'Ecosse dominée
par le presbyterianisme de John Knox se séparent à leur tour de l'église
catholique.
Unité de la Réforme :
En dépit des nombreuses tendances et églises issues du manifeste de
Wittenberg, l'accord est réalisé sur certaines questions fondamentales :
- - La justification par la foi, véritable clé de voute du protestantisme est
l'affirmation que, seule, la foi sauve le chrétien et lui permettra
d'obtenir le Salut (Sola gratia : La grâce seulement).
- - La bible est la révélation définitive de Dieu actualisée par la parole
vivante de la prédication (Sola scriptura : L'écriture seulement).
L'autorité de l'Ecriture, principe formel de la Réforme, supplante ainsi
l'autorité temporelle et rejette toute hiérarchie ecclésiastique.
Réforme et Modernité :
Réponse à un problème religieux latent qui préoccupait tous les
chrétiens sincères déçus par l'Eglise institutionnelle, la Réforme a surtout
permis à l'occident chrétien de faire l'expérience du pluralisme conflictuel
des religions, éléments déterminant de notre modernité.
Par son appel à une relation personnelle, voir même intimiste avec
Jésus-Christ, la Réforme a également contribuée pour une large part à la
progressive victoire des valeurs de l'Individualisme en Europe.
En 1920, le sociologue et économiste allemand Max Weber ira jusqu'à
identifier le protestantisme comme l'une des principales sources de l'esprit
d'entreprise (Cf. "Ethique protestante et Esprit du capitalisme").
L'origine du terme "protestant" :
L'origine historique du mot évoque ce jour de 1529 où les partisans de
Luther réunis à la seconde diète de Spire "protestèrent" vigoureusement des
décisions portant atteinte à la Réforme.