L'Education idéale

Voici maintenant l'idéal de Rabelais. Il s'oppose en tous points aux conceptions médiévales : c'est en somme l'idéal antique d'une formation harmonieuse de l'esprit et du torps. GARGANTUA sera à la fois un humaniste initié à fond aux sciences les plus diverses et un gentilhomme rompu au métier des armes. Pour la méthode, on reconnaîtra dans ce passage bien des principes qui ont trouvé leur application dans la pédagogie moderne.

 

Après, en tel train d'étude le mit qu'il ne perdait heure quelconque du jour : ains tout son temps consommait en lettres et honnête savoir. S'éveillait donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant qu'on le frottait, lui était lue quelque pagine de la divine Ecriture hautement et clairement, avec prononciation compétente a la matière, et à ce était commis un jeune page, natif de Basche, nomme Anagnostes. Selon le propos et argument de cette leçon, souventes fois s'adonnait à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, duquel la lecture montrait la majesté et jugements merveilleux.

Puis son précepteur répétait ce qu'avait été lu, lui exposant les points plus obscurs et ALIGN="JUSTIFY">Difficiles. Considéraient l'état du ciel, si tel était comme l'avaient note au soir précédent,et quels signes entrait le soleil, aussi la lune, pour icelle journée.

Ce fait, était habillé, peigné, testonné, accoutré et parfumé, durant lequel temps on lui répétait les leçons du jour d'avant. Lui-même les disait par cœur et y fondait quelques>cas pratiques et concernant 1' état humain, lesquels ils étendaient aucunes fois jusque deux ou trois heures, mais ordinairement cessaient lorsqu'il était du tout habillé. Puis par trois bonnes heures lui était faite lecture.

Ce fait, issaient-ils hors, toujours conférant des propos de la lecture, et se déportaient en Bracque, ou ès près, et jouaient à la balle, à la paume, à la pile trigone, galantement s'exerçant les corps comme ils avaient les âmes auparavant exercé. Tout leur jeu n'était qu'en liberté, car ils laissaient la partie quand leur plaisait, et cessaient ordinairement lorsque suaient parmi le corps, ou étaient autrement las. Adonc étaient très bien essuyés et frottés, changeaient de chemise, et, doucement se promenant, allaient voir si le dîner était prêt